réflexions

Rêve, oui, mais avec prudence

Rêver, ça fait du bien, pas besoin d’être auteur pour le savoir. Combien de temps avez-vous passé à imaginer un de vos romans traduit ou adapté au cinéma, avant même d’avoir posé le point final sur le moindre de vos manuscrits ? Ne vous en faites pas, je ne vous jette pas la pierre. Tant que nous nous contentons de rêver avec modération, il est possible de trouver du réconfort voire même de la motivation dans ces mirages, dans ce fol espoir qui nous emballe le coeur et fait courir un frisson d’impatience le long de notre colonne vertébrale.

Hélas, il est bien trop aisé de prendre ces rêves pour des objectifs atteignables avec un volume d’efforts et de temps raisonnables, sans apprendre une nouvelle compétence complexe, sans se reposer sur une chance digne d’un gagnant du loto. Ainsi, ces rêves si agréables se changent en poids, en culpabilité qui paralyse plutôt que motiver. À quoi bon continuer à écrire alors que mon dernier roman n’est pas un best-seller ? Je ne serai pas un vrai auteur tant que je n’aurai pas un roman adapté en film. Vous n’avez pas idée de la fréquence à laquelle je vois ce genre de discours sur les réseaux (arrêtez, je vous en prie, vous montrez juste votre méconnaissance du milieu). Ce genre de mentalité en rapport avec nos rêves n’est ni utile ni constructive ; il est si aisé, pourtant, de tomber dans ce cycle vicieux.

Pour ma part, je préfère de loin me fixer des objectifs, des buts réalistes et atteignables décomposés en étapes encore plus digestes. Écrire un roman ? Pas si compliqué, mais encore moins intimidant si je me fixe d’abord comme objectif de terminer le chapitre en cours, ou même d’écrire pour ce projet au moins quinze minutes par jour ! Cette approche donne de la structure, une direction claire, un rappel constant que le prochain but n’est pas si loin, qu’il me suffit de travailler un peu plus ou un peu plus longtemps pour l’atteindre. Et, bien entendu, chaque fois que j’accomplis un de ces objectifs, ou même une simple étape, je me récompense. Rien de tel qu’une délicieuse carotte (métaphorique) pour faire les gros yeux à ma flemme et me remettre au travail. D’ailleurs, c’est exactement ce que je fais maintenant, en écrivant cet article alors que j’adorerais regarder un film. Le film attendra le point final !

Pour accompagner cet article et vous démontrer la différence entre rêve et objectif, voici une petite liste des miens.

Rêves

  • Écrire un best-seller
  • Recevoir un fanart
  • Voir un de mes romans dans une box littéraire
  • Avoir une adaptation en audiobook
  • Apparaître sur la liste des bestsellers du New-York Times (avec un de mes romans anglais)

Objectifs

  • Terminer le premier jet d’Oriana
  • Être éditée
  • Dédicacer en convention
  • Écrire cinq romans
  • Écrire un roman en anglais

Voilà, c’est tout pour moi ! Nous sommes le 1er novembre et le NaNoWriMo a commencé. Je participe, bien entendu ! Cette année, je me lance avec le premier roman dans mon univers de fantasy, Oriana. Vous pouvez suivre mes avancées sur Twitter et me rejoindre tous les lundis et jeudis de 19h30 à 22h sur Twitch pour des sprints d’écriture en groupe. Bon courage et n’oubliez pas : patience et longueur de temps font plus que force ni que rage !

Publié par Nyx M. Cavalier dans autres articles, réflexions, 0 commentaire

Planificateurs et Improvisateurs, architectes et jardiniers 2.0

Nous avons bien des fois entendu parler du clivage séparant les architectes et jardiniers, deux types d’auteurs que tout oppose. Le juste milieu semble rare ; certains ont proposé le terme « randonneur », mais les définitions sont rares, ce qui rend l’appropriation par les auteurs qui ne se sentent concernés ni par le processus des jardiniers ni par celui des architectes bien plus complexe. Après tout, pourquoi vouloir s’identifier à quelque chose si on ne se sent pas concerné par ce que les autres décrivent ? Des amis m’ont confié ne pas vouloir se dire jardiniers car leurs personnages ne leur « parlent » pas, mais se dire architectes ne les intéresse pas non plus car ils ne font pas de plan avant d’écrire (ou ne parviennent pas à le suivre).

Je fais partie de ces personnes, même si j’ai très longtemps essayé de me dire jardinière faute d’un meilleur terme. Ces deux dernières années, comme vous le savez peut-être, je m’intéresse de très près à ce que font les auteurs anglophones. Après tout, la plupart de nos concepts autour de l’écriture contemporaine viennent de chez eux : par exemple, l’opposition entre jardiniers et architectes a été pour la première fois répandue par George R. R. Martin. Cela dit, côté anglophone, ce n’est pas la seule catégorisation qui existe pour les auteurs, et elle est même moins utilisée que celle que je vais vous présenter aujourd’hui. Vous apprendrez ce qui caractérise un planificateur et un improvisateur au-delà de l’évident. Attention cependant : nous sommes toutes et tous un peu des deux, à des degrés variables !

Les planificateurs

Les planificateurs aiment savoir où ils vont. Cela signifie, comme leur nom l’indique, qu’ils tendent à créer des plans un minimum détaillés de leurs histoires avant de les écrire. Avec la pratique, ils apprennent également certaines structures narratives très efficaces (dont la plus connue, pour n’en citer qu’une, est sans doute la méthode Save the Cat!). Tant qu’ils suivent leur plan (ce qui n’arrive pas toujours !), leurs premiers jets tendent à être plus propres d’un point de vue narratif, mais demandent tout de même une relecture, avec une phase accentuée sur les personnages, leurs relations et leur évolution au cours du récit. Comme ils savent où ils vont et comment s’y rendre, ils tendent à utiliser des outils narratifs comme le foreshadowing ou encore le Fusil de Tchekhov. Leurs histoires sont en majorité menées par un scénario fort. Quelques planificateurs célèbres : J. K. Rowling, James Patterson, Brandon Sanderson.

Les improvisateurs

Les improvisateurs ont parfois (souvent) quelques éléments-clés de leurs histoires en tête, comme la scène d’ouverture ou l’élément perturbateur. Outre ces quelques détails déjà déterminés (et qui changent souvent en cours de route, parfois au point de devoir réécrire une partie de l’histoire !), ils n’ont que peu d’idée de la direction dans laquelle leur histoire s’embarque ou du cheminement pour arriver à la fin – s’ils l’ont seulement en tête au moment de commencer à écrire. Leurs histoires sont menées par les personnages, leurs qualités, leurs failles, rêves, désirs, objectifs, relations. Ils savourent le fait de découvrir l’histoire à mesure qu’ils l’écrivent, la surprise qui les envahit régulièrement, ignorent souvent ce qu’ils vont écrire jusqu’au moment où ils posent leurs mains sur le clavier. Quelques improvisateurs célèbres : George R. R. Martin, Margaret Atwood, Stephen King.

Et moi dans tout ça ?

Moi, je me sens plutôt improvisatrice ! Je planifie un peu mon histoire, je prends des notes préparatoires durant la phase de brainstorming de chaque projet, qui portent en majorité sur les personnages et l’univers mais aussi sur des points clés de l’histoire. Par exemple, pour Le Sourire d’Eleanor, la romance que je prévois d’écrire après la fin de Quelque chose s’achève, quelque chose commence, je sais déjà quel sera mon prologue, le contenu de mon premier chapitre, ma crise résolutoire. J’ai aussi en tête quelques scènes qui consolideront le lien entre les personnages principaux. Par ailleurs, j’ai décidé de travailler avec la méthode Save the Cat!, ce qui implique de déterminer certains éléments pour correspondre au schéma fourni dans le livre. Cela dit, je tiens à le faire tout en improvisant entre mes scènes-clés, car j’adore cette partie de mon processus d’écriture ! Je veux m’améliorer, oui, mais sans perdre ce qui me fascine tant.

Un spectre plutôt que deux camps

Ce qui m’attire vraiment dans cette façon de voir les différentes méthodes d’écriture, c’est l’absence d’opposition. Mon problème avec les jardiniers et architecte tient à ce que la communauté d’auteurs en a fait : deux camps qui se font la guerre et se croient supérieurs. à l’autre. Attention, je ne dis pas que chaque auteur de chaque camp a pour but de rabaisser ceux de l’autre, mais mes camarades sur Twitter admettront que l’ambiance entre les deux camps n’est pas toujours la plus tendue. Avec la vision improvisateurs/planificateurs, je ne ressens pas ce clivage, car il s’agit d’un spectre plutôt que de deux camps que tout oppose : les auteurs peuvent se dire plus de l’un ou de l’autre, mais la vaste majorité d’entre nous utiliseront des éléments et outils qui appartiennent aux deux méthodes en fonction de ce qui leur convient le mieux, comme un camp sur mesure pour chacun, qui ne s’oppose à aucun autre.

Publié par Nyx M. Cavalier dans autres articles, réflexions, 2 commentaires