Comprendre et améliorer son protagoniste

Cet article est une transcription de l’épisode d’I Can’t Word du même titre, sorti hier sur vos plateformes d’écoute favorites.

Quand on parle de protagoniste, beaucoup de gens pensent à la notion de héros, car certains des exemples de protagonistes qui nous ont marqués ces dernières décennies sont en effet des héros. Le plus célèbre d’entre eux, Harry Potter, fait même partie d’une maison qui met en avant l’héroïsme, parfois au détriment de la prudence. Je vais donc commencer par expliquer la différence entre ces deux notions, pour qu’on y voie plus clair à partir de maintenant.

  • Le protagoniste est le personnage autour duquel l’histoire tourne. C’est celui qui change le plus, qui évolue le plus, et qui souvent souffre le plus. Il peut avoir toutes sortes de tempéraments, tant que ses traits de caractère font de lui un personnage que le lecteur peut aimer et auquel il peut, dans une certaine mesure, s’identifier.
  • Le héros est un personnage doté de capacités qui sortent de l’ordinaire, et qui s’en sert pour faire le bien. Ses intentions ne sont pas toujours pures, mais elles le deviennent avant la fin de l’histoire. Beaucoup de protagonistes d’histoires un peu datées sont des héros, à l’exception du Seigneur des Anneaux, où le héros n’est pas Frodon mais Sam ou Aragorn, dépendant de comment on lit l’histoire.

Maintenant que ces notions sont en place, parlons de l’antagoniste et du méchant de l’histoire, que nous appellerons à partir d’ici « l’ennemi » car nous n’avons pas cinq ans, vous et moi.

  • L’antagoniste s’oppose au protagoniste. Il n’est pas forcément l’obstacle principal de l’histoire, mais c’est souvent le cas. Si le code moral de l’histoire par rapport à son thème était un spectre, antagoniste et protagoniste seraient à des positions opposées. Bien souvent, ces deux personnages se ressemblent à bien des niveaux, si bien qu’ils auraient pu occuper le rôle de l’autre si leurs passés avaient été échangés.
  • L’ennemi est un antagoniste qui a l’intention de nuire. Quelque chose en lui est pourri, corrompu, si bien qu’il se fiche du mal qu’il fait autour de lui. Tout ce qui compte à ses yeux est d’atteindre son objectif. Si vous avez lu certains romans sortis très récemment, vous réaliserez sans difficulté que plusieurs protagonistes collent avec cette définition, comme Mia Corvere dans Nevernight et Kaz Brekker dans Six of Crows. La seule chose qui sépare ces personnages de l’ennemi est que l’histoire tourne autour d’eux, de leur évolution et de ce qu’ils doivent apprendre pour triompher.

En somme, on peut dire que le protagoniste incarne l’histoire et que l’antagoniste incarne le conflit au coeur de l’histoire. Une histoire est une évolution. Votre protagoniste doit subir ou prendre part active à cette évolution, sans quoi il ne fait pas partie de l’histoire. Il doit grandir, devenir une meilleure personne. Cette nécessité se justifie par le fait que le protagoniste crée le lien entre le lecteur et l’histoire. Le lecteur s’identifie au protagoniste. Après sa lecture, il aura appris quelque chose en même temps que ce personnage, aura quelque part grandi en même temps que lui.

Souvenez-vous, on parlait dans un épisode d’I Can’t Word du défaut primordial comme d’un élément essentiel pour créer un protagoniste imparfait et rendre l’identification possible pour le lecteur. Nous en sommes à ce point une nouvelle fois aujourd’hui : le protagoniste, qu’il soit un héros ou non, a besoin de son défaut pour être réceptif au thème de l’histoire et à l’évolution qu’il traversera à travers celle-ci.

Souvent, quand on conçoit un protagoniste et qu’il ne fonctionne pas en tant que personnage, c’est pour une des raisons suivantes :

  • Un manque d’objectivité de la part de l’auteur, c’est-à-dire vous. Vous aimez votre protagoniste et vous voulez que tout le monde l’aime, mais le barder de qualités sans qu’aucun défaut ne pointe le bout de son nez est une mauvaise idée. Personne n’apprécie les Miss et Mister Perfection. Pour plus de précisions sur ce sujet, je vous renvoie à l’épisode 6 d’I Can’t Word.
  • Un manque de profondeur et d’évolution, qui reviennent justement sur la notion de défaut primordial. Votre protagoniste ne peut pas être dépeint en une seule dimension, car les humains sont pleins de nuances. Il ne peut pas rester stagnant, ne subir aucune péripétie, sinon ce n’est pas lui qui se trouve au centre de l’histoire.
  • Un manque de connexions avec le lectorat ou les autres personnages. Concernant la connexion avec le lectorat, elle se noue quand le protagoniste provoque l’empathie, la compréhension – en d’autres termes, quand le lecteur peut comprendre les motivations du personnage et se mettre à sa place. En revanche, la connexion avec les autres personnages n’est pas si simple à définir : il ne s’agit pas simplement de donner des liens compréhensibles à vos personnages, mais de tabler en plus sur des interactions qui ancreront le protagoniste dans son environnement. S’il est seul, s’il fait tout seul, il n’y a pas d’histoire.
  • Un manque d’animation. Ce manque, sur lequel nous reviendrons dans un épisode futur, se trahit par un personnage qui subit continuellement plutôt que d’agir et prendre des décisions. Personne ne veut lire l’histoire d’un personnage simplement ballotté de droite à gauche, qui ne prend jamais son destin en main. Votre personnage doit décider de faire des choses, même si vous le faites échouer.

N’oubliez pas que votre protagoniste est souvent la raison pour laquelle le lecteur a choisi de lire ce livre et pas un autre. Il est donc extrêmement important de prendre soin de ce personnage et de son évolution si vous souhaitez acquérir et conserver votre lectorat.

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